Carnet de Voyage

Journal de voyage de Chloé Crokart

Le 3 juillet 2011, après plusieurs mois de préparation, la délégation belge s'est envolée pour une mission de 15 jours dans la région de Bukavu, au Sud Kivu en République démocratique du Congo afin d'inaugurer le centre de documentation Henri Simonart à Walungu Centre.

Nous étions au nombre de quatre personnes, formant une équipe de choc, complémentaire en chaque situation. Le professeur émérite Henri Simonart fut notre guide moral, admiré tant pour son talent de professeur de droit que pour sa personnalité optimiste et calme à chaque instant. Sylvie Saroléa, professeure à l'UCL et avocate, fut notre organisatrice, dynamique et enthousiaste à toute heure. Elle était accompagnée de son compagnon, Philippe Andries, qui fut d'une grande aide tant mécanique que logistique grâce ses compétences de bricoleur en cas de panne en tout genre : défaillance technique, crevaison, même chauffeur pour quelques heures et de négociateur lorsqu'il s'est agi de parlementer lors de barrages routiers. Quant à moi, étudiante en sociologie à l'UCL, j'ai eu la chance de constituer le quatrième maillon de cette chaine.

Notre première escale était Bujumbura où nous avons pu nous reposer le temps d'une nuit, pour ensuite prendre la route des escarpements vers Bukavu. Le nom de cette route permet d'imaginer les difficultés dont elle est émaillée mais également la beauté des paysages qu'elle traverse. Entre de splendides montagnes se glisse ce chemin de terre sinuant entre des villages dont les habitants l'empruntent à pied. Après quatre heures de découverte, nous voici sains et saufs à l'entrée de la capitale du Sud Kivu : Bukavu.

L'ambiance africaine et plus spécifiquement congolaise nous a directement plongés dans un univers encore inconnu pour certains qui découvraient le rythme effréné des klaxons sans silence, les femmes portant des charges impressionnantes sur le dos, les constructions en bois ou encore les cris des enfants " Muzungu, Muzungu " (blanc). Nous étions tous envahis par l'impatience de découvrir le futur Centre Henri Simonart. Les membres du RFDP nous ont réservé un accueil chaleureux lors des premières présentations. Ils nous avaient concocté un programme complet composé de rencontres avec les responsables RFDP, les autorités locales, la population et plusieurs échanges académiques sous forme de conférences ou réunions.

Après notre première nuit à Bukavu, nous avons été reçus par le vice-gouverneur de la province désirant s'informer à propos du projet. Son enthousiasme envers le centre était très encourageant pour la pérennité de celui-ci. Il se montra conscient de l'importance de l'information sur les droits dans sa communauté afin de promouvoir un changement social vers un développement durable et une vraie justice appliquée. Ensuite, après une réunion avec le RFDP qui nous a permis de rencontrer l'équipe au complet et d'etre informés sur les projets en cours, nous avons eu l'honneur d'être reçus par le recteur de l'Université Officielle de Bukavu. Nous lui avons confirmé notre souhait de travailler en collaboration avec les universités et autres institutions de Bukavu afin d'étendre l'utilité du centre à toute personne souhaitant se documenter. Le projet d'un système de prêts et d'une tournante de livres a donc été abordé en vue de satisfaire un maximum de personnes

. Le mercredi fut consacré à notre première visite sur le terrain. Nous avons rencontré les femmes du "Comité d'Alerte pour la Paix" de Budodo. Arrivés pendant le travail communautaire dans leur champ, nous les avons accompagnées en empoignant les bêches pour tester notre force face à la dureté de la terre rouge africaine. Après cet exercice pratique dans les champs s'est organisé un échange improvisé à propos de la réalité du terrain et la vie des autochtones. Nous étions tous assis par terre, dans le champ, dialoguant sur le vécu de ces femmes et leur situation actuelle. La joie des enfants rencontrant les " Muzungus " était visible : leurs grands sourires et leurs yeux lumineux face à ces quatre personnes qui essayaient de les faire rire afin qu'ils oublient quelques instants leurs conditions de vie souvent difficiles à comprendre.
Ce village fut également témoin notre première crevaison qui permit à Philippe et Bernard, notre chauffeur, de faire valoir leurs compétences techniques, leur rapidité et leur agilité.

Le jeudi matin, Doris, le juriste du RFDP, nous attendait pour participer à sa "causerie juridique", une rencontre avec les femmes et hommes des villages ayant pour objectif de les sensibiliser à l'importance du vote et à l'analyse des critères de choix favorisant des candidats proches des populations et non des personnes corrompues. Aucun nom n'a été cité, Doris désirant susciter la réflexion et le choix personnel. L'accent a été mis sur le respect des droits et l'accomplissement du devoir de citoyen.

Le jour suivant, la rencontre du CAP Muzinzi fut très riche en émotion. Dès notre arrivée, après avoir rapidement visité le centre de santé dirigé par la responsabe du CAP, nous avons entendu s'approcher un groupe de femmes chantant et dansant. Cet accueil très impressionnant, tout en joie, chants et danses suscita quelques larmes d'émotion. Une chèvre, symbole de reconnaissance et de respect, nous a été offerte en remerciement de notre visite et de notre projet extrêmement utile pour toute la région.
Après cette riche expérience, nous avons repris la route en direction de l'Institut Supérieur Pédagogique de Walungu, centre où les professeurs et étudiants nous attendaient pour assister à une conférence. L'ISP nous a fait part de ses nombreuses attentes par rapport au Centre. Professeurs et étudiants souhaitent l'utiliser au maximum pour leurs recherches. Grâce au CHS , plusieurs études pourront être réalisées à l'Institut directement.

Samedi, le professeur Henri Simonart a été invité par l'université catholique de Bukavu pour donner une conférence sur la constitutionnalité dans les actes d'assemblées législatives aux étudiants et professeurs de la faculté de droit. La salle était bondée, tous voulant rencontrer le professeur tant connu pour la qualité de ses publications que pour son parcours de professeur exemplaire. Les intervenants furent nombreux.

L'inauguration tant attendue a eu lieu le dimanche 10 juillet. Les autorités locales, les membres des instituts pédagogiques des environs, les professeurs et étudiants et la population, tous étaient invités à participer à cette fête inaugurale du centre destiné à ouvrir l'accès à l'information. Après une présentation du centre depuis sa création par Venantie Bisimwa Nabintu, Sylvie Saroléa, Chloé Crokart et le professeur Henri Simonart ont successivement résumé les attentes et rappelé la réponse du centre aux nombreux besoins du terrain . Il n'existe ni bibliothèque, ni librairie hors des grandes villes.
Après l'exposé, plusieurs démonstrations théâtrales et sportives ont montré l'ouverture. Un groupe de femmes, membres des CAP, a présenté des saynètes illustrant les violences qu'elles subissent encore trop régulièrement. Ensuite, une démonstration d'arts martiaux a été réalisée afin de montrer l'importance de la capacité de défense pour pouvoir réagir en cas d'agression. Le tout a été suivi d'un cocktail qui a permis à tous les acteurs d'envisager des projets communs. Notre séjour s'est conclu par une note académique : la conférence de Sylvie Saroléa et Moïse Cifende.

Cette visite riche d'expériences rares nous a permis de réaliser combien ce Centre Henri Simonart répond aux attentes et aux besoins si nombreux.


RFDP: Réseau des Femmes pour la Défenses des Droits et la Paix
CAP: Comité d'Alerte pour la Paix
ISP: Institut Supérieur Pédagogique
CHS: Centre Henri Simonart

Retour haut de la page